Le mois de la nouvelle : saison 5

Ce billet de présentation est à lire absolument en cas de 1ère participation : je ne répondrai à aucune question dont la réponse se trouve dans ce billet (donc si vous posez une question en commentaire et que je n'y réponds pas, il y a un message derrière mon silence...). Merci d'avance pour votre compréhension.
J’en profite pour préciser que, suite à un mauvais calcul de ma part, je ne serai que peu disponible en novembre.
Et je rappelle que le challenge Quadrature de Mina court jusqu’à fin novembre. Quadrature est une maison d’édition qui ne publie que des nouvelles : c’est l’occasion de faire d’une pierre deux coups.

Les personnes ayant déjà participé peuvent limiter leur lecture au calendrier, aucune autre modification n’ayant été apportée depuis la précédente édition.

oOo 

Depuis février 2013, le mois de la nouvelle a invité tous ceux qui le souhaitaient à lire ce genre et à partager ses impressions au cours d’un mois donné. Des bilans hebdomadaires permettent de regrouper les lectures de chacun. Pour cette ultime édition, les bilans auront lieu tous les dimanches à l’exception du 2 novembre (rien ce jour-là), soit les 9, 16, 23 et 30 novembre. Ils seront publiés vers 14 heures ; les liens vers vos billets devront donc m’être transmis à 13 heures au plus tard (vous pouvez aussi me les transmettre avant chaque dimanche : c’est mieux pour tout le monde). Au-delà, vos liens compteront pour la semaine suivante. Attention, il ne pourra pas y avoir de report pour le 30 novembre (c’est logique mais cela ne fait jamais de mal de le rappeler).


Fonctionnement général

Est éligible tout billet concernant un recueil ou une nouvelle, que cette dernière ait été publiée isolément ou que vous ayez choisi de l’extraire d’un recueil, billet publié à partir du 1er jour du mois concerné. Les billets publiés avant ou après le mois dédié ne peuvent être pris en compte.

Pour que j’ai connaissance de votre billet, vous devez me signaler le lien direct soit via le formulaire de contact (cf barre horizontale en haut du site), soit par mail si vous l’avez.
Les liens laissés sur le blog ne seront pas considérés ; les liens pointant vers la page d’accueil de votre blog non plus : je ne vais pas passer mon temps à faire des fouilles.

Les liens que j’aurai reçus seront repris dans un bilan hebdomadaire qui vous permettra, le cas échéant, de découvrir d’autres billets.
Un bilan global sera effectué, vraisemblablement le 1er décembre.


Ce que le mois de la nouvelle n’est pas / n’implique pas :
  • un challenge ;
  • une inscription ;
  • la mise d’un logo sur ses billets ;
  • une participation toutes les semaines ;
  • le mois du conte, des textes courts en tous genres, etc. ;
  • quoi que ce soit de contraignant.

Ce que le mois de la nouvelle est / implique :
  • une façon de mettre à l’honneur un genre délaissé ;
  • l’occasion de découvrir des textes et des auteurs ;
  • la présentation de nouvelles et/ou de recueils complets (même un seul texte si vous êtes frileux) ;
  • la transmission de liens vers vos billets (cf Fonctionnement général).

Cas des « novellas »
Elles sont acceptées depuis juin 2014 selon les critères suivants : texte de 100 pages maximum et/ou appellation officielle de « novella » par l'éditeur figurant sur le livre. Le premier critère n’est guère convaincant mais de nombreuses personnes étaient désireuses de participer sans pour autant être très attirées par les nouvelles qui seraient trop courtes (je peux fournir une liste de nouvelles longues).


RDV en novembre !


Le mois de la nouvelle sur Twitter : #MDLN ou #moisdelanouvelle

Épépé – Ferenc Karinthy

Épépé – Ferenc Karinthy
(Épépé, 1970)
Editions Denoël, 2005
Traduction de Judith et Pierre Karinthy
Préface d’Emmanuel Carrère


« En y repensant, ce qui a dû se passer, c’est que dans la cohue de la correspondance, Budaï s’est trompé de sortie, il est probablement monté dans un avion pour une autre destination et les employés de l’aéroport n’ont pas remarqué l’erreur. »

Budaï est un linguiste qui, alors qu’il se rend à une conférence à Helsinski, échoue dans un tout autre endroit. Au début, seulement ennuyé, il se dit qu’il n’a qu’à retourner à l’aéroport et prendre le prochain avion qui le conduira à destination. Mais il se heurte à un comportement étrange des locaux (toujours pressés et très nombreux, foule mouvante engloutissant les individus) et à une langue inconnue, incompréhensible et indéchiffrable.
La profession de Budaï en fait quelqu’un d’armé pour affronter une telle situation. Pourtant, après une étude minutieuse des sons, signes et de tout ce qui peut caractériser une langue, Budaï ne peut que conclure qu’il se trouve face à un isolat.
Pendant un temps il va retrouver un peu d’espoir auprès de la jolie liftière de l’hôtel qui est la seule personne à ne pas le rejeter mais l’expérience n’ira pas bien loin. Il n’est même pas certain de son nom : Épépé ? Bébé ? Diédié ?


Ce roman est très prenant :

> L’auteur ne cherche pas la facilité, bien au contraire. Il place tous les obstacles possibles pour contrarier son personnage.
> Budaï est quelqu’un d’opiniâtre qui force l’admiration. Il teste toutes les options qui pourraient lui permettre de quitter cet endroit. Il est à la fois méthodique et humain, c’est-à-dire susceptible de céder par moment au découragement et de devenir brouillon, désespéré.
> En dépit de la localisation de l’intrigue dans un pays fictif, l’auteur arrive à créer une histoire réaliste. En effet, le comportement de Budaï est globalement rationnel et ses réactions sensées. Comme l’écrit Carrère dans la préface, Budaï suit une logique quasi-mathématique, rigoureuse. Il fait appel à sa formation de linguiste. Il a les pieds sur terre et sait prioriser les actions à prendre.
> Si Karinthy joue au chat et à la souris avec son héros, le lecteur capable d’empathie vit un cauchemar par procuration (à noter que si vous êtes plutôt d’un naturel sadique, vous y trouverez aussi votre compte puisque Budaï collectionne les échecs).


L’intrigue est fort bien construite et, au-delà des mésaventures de Budaï, le lecteur a l’occasion de réfléchir à nombre questions (deux exemples) :

> Le basculement que peut prendre la vie d’une personne « éduquée » qui se retrouve aussi démunie qu’un analphabète pour peu qu’on la déracine.
> Budaï remarque que dans ce pays, même les autochtones ne semblent pas se comprendre ou, plutôt, que « … personne n’écoutait personne. » A ce titre, cette « fable » est universelle : il n’y a qu’à constater le dialogue de sourds qui peut apparaître entre un billet et les commentaires qui en sont faits, entre ce qui est écrit et ce que l’on interprète pour cause de lecture en diagonale, partielle, idée préconçue, etc.


Enfin, ce livre est étonnant. Sa dernière « partie » peut sembler complètement déconnectée du reste alors qu’elle est plutôt l’occasion de faire évoluer encore une fois Budaï en le sortant de la routine tout en soulignant ce qui m’a paru être une critique politique, voire sociale.
Il n’est pas impossible que j’aie aimé ce livre de la première à la dernière page.


« Il est tout à fait confiant, il sera bientôt chez lui. »



Provenance : bibliothèque

Lu dans le cadre de la semaine hongroise.
Mina et Maryline présentent aujourd'hui des livres du père de l'auteur, Frigyes Karinthy (cliquer sur leurs noms pour accéder à leurs billets)

Amerigo - Stefan Zweig

Amerigo – Stefan Zweig
 (Amerigo, Die Geschichte eines historischen Irrtums, 1942)
Le Livre de poche, 1996, 123 pages
Traduction de Dominique Autrand


Récit d’une erreur historique


A tous ceux qui assimile les essais à des textes barbants, je ne peux que recommander ce court livre. En effet, non seulement c’est passionnant (et nul besoin d'être amateur d’Histoire), mais en prime le lecteur bénéficie de tout le talent littéraire de Zweig. Cet écrivain a un don, celui de raconter de façon simple, merveilleusement bien écrite et surtout vivante un fait historique à la fois pointu et connu de tous. Il est également un humaniste qui, au-delà de cet imbroglio, tourne son regard vers deux hommes.

Ainsi, Zweig mène une sorte d’enquête pour essayer de déterminer comment l’Amérique fut baptisée selon le prénom de Vespucci qui ne découvrit pourtant pas ce continent et ne revendiqua rien, au détriment de Christophe Colomb.

Dans un premier temps, Zweig rappelle la situation historique en balayant les siècles qui précédèrent les grandes découvertes pour terminer sur la dernière décennie du XVème. Il nous prévient d’emblée : il faut se mettre dans la peau des gens de l’époque afin de comprendre l’impact de ces découvertes, l’enthousiasme qu’elles suscitent. Et il a raison : j’étais complètement emballée une fois ce tour d’horizon achevé.
Puis il en vient au corps du sujet et c’est toujours aussi prenant. On comprend, au-delà du méli-mélo invraisemblable qui conduisit à nommer l’Amérique selon Vespucci, ce qui fait que Vespucci prit le pas sur Colomb sans avoir commis d’exploit particulier. 

« … toute découverte, toute invention ne tient pas tant sa valeur de celui qui la réalise que de celui qui en comprend toute la signification, toute la force opérante. »


La suite est tout aussi intéressante : 
> D'une part, Zweig retrace l'enchaînement des événements jusqu'à ce que le nom d'Amérique soit en quelque sorte officiel.
> D'autre part, il se tourne vers les deux hommes au cœur des débats : ils étaient amis et Zweig relève, à la lumière de ce fait, l’absurdité de la bataille qui s’engagea en leurs noms et qu’ils n’auraient certainement pas souhaitée.


C'est ainsi qu'au-delà de l'Histoire, cet essai nous parle avant tout des Hommes, une caractéristique de cet écrivain qui, par ce choix, revient à l'essentiel : la rigueur (historique et intellectuelle) et l'absence de jugements hâtifs quels qu'ils soient. En l'espèce, cela aurait évité et une erreur historique, et l'opposition artificielle entre deux hommes qui s'appréciaient.


Provenance : PAL