Menus souvenirs – José Saramago

Menus souvenirs – José Saramago
(As Pequenas Memórias, 2006)
Seuil, 2014, 142 pages
Traduction de Geneviève Leibrich


« Le village s’appelle Azinhaga, il se trouve là pour ainsi dire depuis la naissance de la nation (il était déjà doté d’une charte au treizième siècle), mais de cette étonnante ancienneté il n’est rien resté hormis la rivière qui coule à côté (depuis la création du monde, j’imagine) et qui n’a jamais dévié de son cours que je sache, bien qu’elle soit sortie de ses berges un nombre incalculable de fois. »


A l’exception de ce qu’il raconte dans son discours de remise du Nobel, je n’avais jamais lu de texte non fictionnel écrit par cet écrivain dont l’œuvre romanesque me séduit tout particulièrement. C’est ainsi que j’étais curieuse de savoir comment Saramago se livrait au-delà de ce que son discours m’avait appris. Je me doutais que ce livre n’aurait pas l’ampleur de ses fictions mais un Saramago est toujours bon à prendre.


C’est l’histoire d’un gamin pauvre dans le Portugal des vingt à quarante, de ses joies enfantines surtout auprès de ses grands-parents maternels à la campagne, de son regard d’enfant sur le monde des adultes, voire le monde tout court, de la vie simple que ces gens menaient par obligation mais sans avoir connu rien d’autre et donc sans envies, etc.

« L’enfant que j’ai été n’a pas vu le paysage tel que l’adulte qu’il est devenu serait tenté de l’imaginer du haut de sa taille d’homme. L’enfant, pendant tout le temps qu’il le demeura, se trouvait simplement dans le paysage, il en faisait partie, il ne l’interrogeait pas,… » (p.15)


L’auteur revient par petites touches et de façon très discrète sur la chance qu’il a eut de pouvoir ne serait-ce qu’apprendre à lire, de ne pas être condamné à être un potentiel « grand écrivain analphabète » comme il imagine un moment son grand-père maternel car il est vrai que personne n’aurait imaginé qu’un enfant né dans un tel milieu, sans aucune chance d’en sortir, deviendrait un écrivain de classe mondiale, le seul écrivain lusophone récipiendaire du Nobel.
Il y a de beaux passages dans ce recueil, c’est indéniable ; d’autres qui font sourire (la nuit de noces de ses grands-parents maternels), certains instructifs comme lorsque l’auteur nous apprend d’où lui vient son nom de famille qui n’était pas le nom de son père (de Sousa) ou encore pourquoi sa date de naissance officielle n’est pas sa date de naissance réelle.

« Je contemple du haut de la rive le courant qui bouge à peine, l’eau presque stagnante, et j’imagine absurdement que tout redeviendrait comme avant si je pouvais reprendre dans mes mains d’aujourd’hui la longue perche humide ou les rames sonores d’antan et pousser sur la peau lisse de l’eau l’embarcation rustique qui conduisit jusqu’à l’orée du rêve un certain être que je fus et que j’ai laissé ensablé quelque part dans le temps. » (p.17)


Cependant le livre porte un peu trop bien son titre et, même en s’intéressant à Saramago, il est parfois difficile de se passionner pour ces anecdotes dont certaines ne présentent vraiment rien de mémorable.
De même, le style s’est fait plus humble, moins flamboyant que d’habitude. Les pointes d’humour, l’ironie sous-jacente à ses romans sont quasi-absentes. Cela peut se comprendre puisque Saramago utilise très souvent la fiction pour égratigner des comportements, donner un petit (ou pas) coup de griffe par-ci par-là, souligner l’absurdité du monde, etc. Ce n’était pas son objectif avec ce livre ; il a donc adapté son ton et son style à son projet. Et comme j’aime Saramago pour sa verve, son impertinence, sa façon de désacraliser tout ce que les hommes mettent sur un piédestal à commencer par eux-mêmes dès qu’ils détiennent un peu de pouvoir, je ne pouvais trouver mon compte dans ce récit.

D’habitude, c’est plutôt ça, le style Saramago :
« … en ce temps-là c’était le Petit Jésus qui descendait par la cheminée, il ne restait pas couché sur la paille, le nombril à l’air, en attendant que les bergers lui apportent du lait et du fromage, car c’est bien de cela dont il aurait eu besoin pour vivre et non de l’or, de l’encens et de la myrrhe des mages… » (p. 108-109)


Des photos personnelles de l’auteur figurent à la fin de l’ouvrage avec des commentaires de Saramago lui-même dont une, émouvante, de son frère aîné qui décéda à l’âge de quatre ans (bien que selon l’état civil il soit toujours vivant – à la réflexion, la vie de la famille de Sousa ne fut pas si banale que cela).

« Je pense sincèrement que le roman Tous les noms n’aurait peut-être pas existé, tel que nous pouvons le lire, si en 1996 je ne m’étais pas plongé aussi profondément dans ce qui se passe dans les bureaux de l’état civil… » (p. 118)
> Tous les noms fut mon premier Saramago et je sais que je le relirai un jour tant il m’a plu et m’a donné envie de poursuivre ma connaissance de l’œuvre de cet écrivain.


Je ne sais pas si ce récit peut intéresser quelqu’un ne connaissant rien de l’auteur et surtout ne l’ayant jamais lu. Peut-être faut-il l’avoir un peu lu, suffisamment pour vouloir en savoir plus, mais pas trop non plus pour ne pas avoir trop d’attentes, à moins que vous ne vouliez savoir pourquoi Saramago croupit peut-être aujourd’hui en enfer pour un simple épi de maïs…


« Je n’ai jamais revu le lézard vert. »



Provenance : bibliothèque

Roses de novembre

image cliquable


A défaut de présenter un recueil cette semaine, et en entendant de pouvoir écrire mon billet non-fiction du mois *gros raclement de gorge*, je partage cette photo datant d'hier et prouvant que les voyages de Mina en Afrique ont un impact sur le climat ;)

Le mois de la nouvelle : saison 5 #3

Mon appel à un peu plus d’exotisme, de diversité géographique, que ce soit des écrivains ou des lieux des histoires, semble avoir rencontré un écho (comme quoi, il suffit de promettre des badges et vous obtenez ce que vous voulez ;)



Dans le cadre de ma semaine anglophone (absolument pas exotique), j’ai présenté Les âmes égarées de Joseph O’Connor et une sélection de nouvelles tirées de la McSweeney’s Méga-anthologie d’histoires effroyables.


J’ai été accompagnée par :

Mina (l’incontournable) : recueil #1 et recueil #2

Keisha (la courageuse – J’espère que le chat va bien)

Marilyne (la revenante) 

Kathel (l’exotique)


> Les pays couverts par nos lectures sont les Etats-Unis, la France, la Hongrie, l’Irlande, Israël, l’Italie et la Suisse.


Pour la dernière semaine, je compte sur vous car, de mon côté, il va y avoir un gros blanc. En effet, je devais recevoir des éditions Grasset une anthologie de nouvelles de Nadine Gordimer, grande dame dont la disparition m’a beaucoup affectée comme le savent les visiteurs assidus de ces lieux.
Les saisons de la vie est paru au début du mois mais je ne l’ai trouvé dans ma boîte aux lettres que hier soir et ce gentil petit pavé compte dans les 600 pages. Je n’ai pas besoin de vous expliquer qu’il ne sera pas lu d’ici dimanche prochain et je n’ai désormais plus le temps de lire et chroniquer quoi que ce soit d’autre (je n’ai même pas encore fini un ouvrage pour le projet non-fiction et je n’ai pas envie que la capitaine me jette par-dessus bord ;).
Bien qu’ayant vu la catastrophe se profiler, je n’ai pas eu l’occasion d’y remédier entre le manque de temps, divers soucis m’empêchant d’accéder à la médiathèque et à la librairie pendant un mois (oui, je sais, c’est inhumain) et une PAL « nouvelles » toujours aussi peu alléchante.
Si j’étais à jour pour le projet non-fiction, j’aurais tenté de lire 2-3 textes et de les présenter pour rendre hommage à Nadine Gordimer comme prévu mais là je ne peux vraiment pas.


J’espère que de nombreuses personnes viendront nourrir ce dernier bilan hebdomadaire (attention : un super-badge sera octroyé à toute personne participant à ce bilan. Je sais qu’il y a des accros ;).

Belles lectures et à dimanche !