McSweeney’s Méga-anthologie d’histoires effroyables - collectif

McSweeney’s Méga-anthologie d’histoires effroyables - collectif
 (McSweeney’s Mammoth Treasury of Thrilling Tales, 2002)
Gallimard, 2008, 501 pages
Traduction de Laurence Viallet


Mois de la nouvelle #5 : semaine anglophone

> Edition de Michael Chabon

Cette anthologie a croisé mon chemin parce que j’avais repéré en librairie un Folio 2€ consacré à une nouvelle de Dave Eggers dont le dernier roman, The Circle, est une de mes meilleures lectures de cette année. Je suis remontée à la source, ai emprunté la méga-anthologie (qui porte bien son nom) à la bibliothèque et, en regardant rapidement la liste des écrivains y ayant contribué, j’ai fini par lire deux autres textes.
C’est ainsi que je me contente ici de n’évoquer que les trois textes lus mais je ne peux qu’inviter les amateurs de littérature américaine à y jeter un œil, les contributeurs étant généralement (très) connus. Je précise qu’en dépit de son titre, cette anthologie ne m’a pas paru proposer des histoires si « effroyables » que cela (et je ne suis pas du tout attirée par les romans d’horreur) mais je n’ai certainement pas lu les pires.
Chaque nouvelle est précédée d’une phrase « introductive », reprise ici en italique.


Du haut de la montagne, une longue descente – D. Eggers (Up the Mountain Coming Down Slowly)

« À quels sacrifices étaient-ils prêts pour prouver on ne sait quoi à on ne sait qui, au sujet d’une montagne que personne n’arrivait à comprendre ? »

Cette nouvelle raconte l’histoire d’un groupe de randonneurs venus escalader le Kilimandjaro. La narratrice est à la fois confiante (elle est encore jeune et en forme) et peu à l’aise : cette expédition n’était pas son idée, or sa compagne de voyage a dû déclarer forfait.
Dès le départ, elle porte un regard critique sur les autres grimpeurs « payants » (le terme n’est pas de moi. Je ne sais pas ce qui figure dans la VO mais la traduction m’a paru peu heureuse). Il y a ceux qui paraissent un peu âgés, celui qui semble mal équipé ou trop équipé, etc. En vérité, elle n’en mène pas large et, finalement, comme les autres, souhaite se prouver à elle-même qu’elle peut aller jusqu’au bout.

Je ne sais pas ce que j’attendais de cette nouvelle mais je n’y ai rien trouvé de particulièrement brillant. Bien que l’histoire parle d’escalade, il s’agit surtout d’un texte psychologique même s’il ne m’a pas semblé apporter quoi que ce soit de neuf à ce que l’on pouvait s’attendre dans de telles circonstances. En matière de regard critique sur des pratiques un brin absurdes, The Circle est nettement meilleur et c’est un euphémisme.

La phrase d’exergue résume le projet de l’auteur ; le souci, c’est qu’elle résume également l’histoire finalement dans le sens où on pourrait presque s’épargner la lecture du texte.
S’il est évident que je relirai cet écrivain, ce n’est pas cette nouvelle qui aura contribué à ma motivation.

oOo

L’heure de la fermeture - N. Gaiman (Closing Time)

« C’est dans la nature des garçons de s’attirer des ennuis. Mais parfois, il faut savoir frapper à la porte. »

Dans cette nouvelle, une poignée d’hommes traînent au club tardivement et se racontent des histoires de fantômes qui ne cassent pas des briques. L’un d’entre eux se propose alors de raconter une histoire vraie, sans garantie qu’il y soit question de fantômes mais elle est fort troublante et dérangeante.

Après avoir lu et aimé The Ocean at the End of the Lane (L’océan au bout du chemin en VF sauf erreur de ma part), mon premier et vraisemblablement dernier roman de l’auteur tellement j’ai eu la frousse, j’étais curieuse de lire un autre de ses textes du moment que le format était bref. Je ne le regrette pas tellement Neil Gaiman est un excellent conteur. Cette nouvelle est la seule parmi les trois que j’ai lues qui soit effectivement un peu effrayante ; c’est aussi la seule qui ne s’en tienne pas à la réalité.

Un garçon rencontre un jour trois autres gamins, une fratrie, alors qu’il rentre de l’école. Les frères l’entraînent dans un domaine abandonné qui l’effraie un peu puis de plus en plus. Là, ils lui lancent un défi. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que Gaiman a le chic pour créer une ambiance tendue : l’enfant est dans ses petits souliers et on n’aimerait pas être à sa place, même si en tant que personne extérieure à l’intrigue on est plus curieux qu’apeuré.
Mais le point principal n’est pas là mais dans la correspondance entre le contexte de départ qui donne lieu à la narration et l’histoire racontée. Si l’on fait attention au texte, on ne peut qu’être troublé par des éléments qui détonnent. Aucune réponse n’est évidemment produite mais cela donne matière à penser, à imaginer et c’est aussi ce qui fait que Gaiman arrive à me séduire contre toute attente.

Cette nouvelle est très bien menée et, si je n’étais pas si peureuse, j’aurais envie de mieux découvrir l’univers de Neil Gaiman car il me semble être un excellent écrivain.

oOo

L’affaire des duos salières-poivrières - A. Bender (The Case of the Salt and Pepper Shakers)

« Le couple assassiné était aussi parfaitement assorti que les duos salières-poivrières qu’il collectionnait avec tant de ferveur. Mais ce qui avait tué la passion qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre restait le plus grand mystère. »

Cette nouvelle policière voudrait prétendre à un statut plus élevé, c’est-à-dire s’entourer d’un mystère psychologique au lieu de s’en tenir à la résolution d’un double-meurtre ou double-suicide. Or si j’ai trouvé originale la réponse apportée à ces crimes, l’entêtement de l’enquêteur à y voir plus que la solution « évidente » m’a agacée.

L’histoire est plus ou moins résumée par la phrase de présentation. Un couple est retrouvé mort dans sa maison et l’enquêteur remarque leur collection peu commune de duos salières-poivrières. Il finit par être obsédé par ces duos qui lui semblent être à l’image du couple. Grâce aux résultats des autopsies et les révélations d’un tiers, il pourra résoudre ces meurtres, même si pour une raison inexplicable et plus que floue il considèrera qu’autre chose reste à découvrir.


J’ai lu ce texte notamment parce que Zarline a aimé un livre de l’auteur mais qu’une amie n’a pas accroché. Bien qu’ayant des goûts plus proches de la seconde, j’étais curieuse de savoir où je me situais. Certes il ne s’agit que d’une nouvelle mais elle m’a fait mauvaise impression et je crains que si l’auteur cherche à en faire trop une éventuelle autre lecture ne fasse que me confirmer que je ne fait pas partie de son public.

Les âmes égarées – Joseph O’Connor

Les âmes égarées – Joseph O’Connor
(Where Have You Been ?, 2012)
Phébus, 2014, 295 pages
Traduction de Carine Chichereau


Mois de la nouvelle #5 : semaine anglophone

Ce recueil est composé de sept nouvelles et d’une novella ; il est dédié à Dermot Bolger.

De Joseph O’Connor, je n’avais lu jusque-là que son roman Inishowen (que tout le monde a aimé sauf moi). Je n’avais jamais envisagé de le relire mais la mise en valeur de ce recueil à ma bibliothèque de quartier m’a rendue curieuse… Et j’ai bien fait.
Ce ne fut certes pas un coup de cœur mais j’ai eu le sentiment de découvrir un écrivain fin, touchant, sachant décrire les sentiments avec pudeur et créer des personnages à potentiel. C’est d’ailleurs ainsi que l’on m’avait convaincue de lire Inishowen il y a plus de dix ans mais je n’avais rien trouvé de tout cela dans le roman qui serait peut-être à relire.

La première nouvelle, The Wexford Girl, est triste et drôle à la fois. C’est un hommage au père, un domaine qui généralement ne me séduit pas. Pourtant, O’Connor a réussi le pari ; il a su trouver les mots justes, le ton parfait et il a relevé le tout avec des expressions et remarques absolument formidables : « … elle avait une voix à peler les carottes. »
Le père au sujet du mariage homosexuel : « En ce qui me concerne, je suis pour. Il faut être juste. Pourquoi est-ce qu’ils n’auraient pas le droit d’en chier autant que les autres ? » (je me doute que cette citation ne sera pas appréciée par tout le monde – et je ne pense pas aux homosexuels mais plutôt aux hétéros – alors même que c’est fondamentalement drôle par la provocation et la mauvaise foi qui sous-tendent cette déclaration).

Mort d’un serviteur de l’Etat est lui aussi un texte plein d’émotion, de tendresse et de douleur. Il met encore une fois en scène un fils et son père dont le premier dit du second : « Les hommes de son âge ont du mal à se livrer. Ils n’ont pas l’habitude qu’on les interroge sur leurs sentiments, n’ont pas les mots pour répondre. » Rien de nouveau dans ces mots mais une façon de les poser, de faire simple, qui touche bien plus que toutes les fioritures pseudo-psychologiques dont trop de livres nous assomment.

Orchard Street, à l’aube est un texte dont la portée m’a paru très forte, bien éloignée des sentiers battus. Cette nouvelle parle diablement bien de ces émigrés qui sont partis pour les Etats-Unis en quête d’un avenir meilleur, si ce n’est pour eux au moins pour leurs enfants. La tristesse et la dureté de la vie sont bien rendues, cela sans misérabilisme. J’ai lu ce texte comme un hommage aux anonymes, à tous ceux sur lesquels on n’écrit pas de livres parce que leurs vies n’ont rien de flamboyant.

Les autres nouvelles sont moins marquantes sans être mauvaises pour autant et l’une d’entre elle propose une très belle fin.

Quant à la novella (Un garçon bien-aimé) qui compte dans les cent pages, elle m’a paru longue comme un jour sans pain et d’une banalité à peine croyable. Seule la dernière partie, dédiée au père du personnage principal, éveille l’intérêt ; c’est comme si l’histoire commençait enfin, sauf que c’est trop tard.



Provenance : bibliothèque

Le mois de la nouvelle : saison 5 #2

Cette seconde semaine fut marquée par une diversité de styles et de thèmes. Je crois pouvoir affirmer sans me tromper qu’il y en a pour tous les goûts.


Toutes mes excuses pour cette affreuse mosaïque mais 
après deux logiciels et une grosse migraine 
pour qu'aucun titre ne soit coupé j'ai jeté l'éponge.


Dans le cadre de ma semaine francophone, j’ai lu des nouvelles proposées par la collection Tisséo Polar et d’autres éditées à l’occasion de la Fureur de lire.


J’ai été accompagnée par :

Laetitia (qui tient à conserver son badge – d’ailleurs si quelqu’un a une Badge it ! ou autre ça m’intéresse maintenant que je me suis mise dans la panade toute seule ;) : recueil #1 et recueil #2.

Mina (qui a une réputation à tenir – oui, tu auras ton badge et même celui de Marilyne si cette dernière ne revient pas fissa) : un recueil, une première nouvelle et une seconde.

Naïk (elle aussi elle veut son badge)

Kathel (qui présente un recueil dont je vous parle la semaine prochaine)


> Les pays couverts par nos lectures sont la Belgique, la France, l’Irlande et la Russie (pardon Mina, je t'avais prévenue : c'est pas brillant en ce moment !). Ce mois de la nouvelle ne sera pas exotique vu comme cela se présente mais si vous cachez des surprises pour la seconde quinzaine, ça m'intéresse.


Qui veut jouer en troisième semaine ? Je vous attends nombreux et/ou motivés !